Archives de mars, 2017

La lecture de ce titre n’a-t-il pas évoqué en vous une fugace évocation du passé ?

Il semblerait que les souvenirs que l’on a du passé s’embellissent au fil des années, et qu’en comparaison à aujourd’hui les moments que l’on y a vécu y soient plus doux. Mais c’est une perception déformée par notre mémoire qui nous jouent des tours, et sa capacité à ne retenir le plus souvent que les éléments agréables de nos souvenirs ( https://aroundfifties.wordpress.com/2016/12/06/memoire-selective/ ). Si cet artefact nous permet d’atténuer les malheurs inévitables qui se produisent au cours d’une vie et renforce notre capacité de résilience, il laisse aussi bien souvent un goût d’amertume. Car ces réminiscences insouciantes font apparaître nos préoccupations quotidiennes sous un nouveau jour. C’est le syndrome du « C’était mieux avant », ou pire, maintenant rendu dans la zone Aroundfifties, du « C’était le bon temps ! »

Ainsi, comme beaucoup, vous pensez sans doute que notre monde va à vau-l’eau, et que nous courrons à notre perte. Pourtant, à en croire Johan Norbert, auteur de « Progress » ( http://fr.optimistan.org/2016/11/johan-norberg-on-croit-plus-aux-fantomes-qu-au-progres/ ) il ne s’est jamais aussi bien porté. Certes, idéologiquement certains émettrons sans doute une réserve sur ce qui est un plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, mais il n’en reste pas moins que les chiffres avancés ne sont pas contestables. Et nous, et notre planète, ne nous sommes jamais aussi bien portés. Qu’ils s’agissent de l’espérance de vie, de la pauvreté, de la famine, de la pollution, de la démocratie et de la justice.

Seulement voilà, nous parlons de bienfaits matériels, et non spirituels. Et ces bienfaits matériels n’ont pas étaient équitablement redistribués lors de cette mondialisation, pas plus qu’ils ne l’étaient avant faut il le rappeler. Mais comme chacun sait, l’argent ne fait pas le bonheur. Cela à même était prouvé scientifiquement par Mihaly Csikszentmihalyi (déjà évoqué dans ces pages https://aroundfifties.wordpress.com/2013/03/06/apogee/ ). 

Au delà de l’effet mémoire, d’autres phénomènes engendrés par l’évolution de notre civilisation expliquent aussi cette perception altérée de la qualité de notre vie présente.

– les moyens de communications quasi instantanés et universels. On ne peut plus rien ignorer, et aucun recul n’est donné sur l’information afin de la mettre en perspective. La concurrence au sensationnalisme des médias ne faisant qu’amplifier ce sentiment d’insécurité né du contraste entre la violence des événements rapportés et notre quotidien douillet et confortable.

– le progrès scientifique qui paradoxalement, s’il prolonge notre espérance vie dans un environnement plus sain, sécuritaire, pratique et agréable, nous éloigne d’une quête spirituelle anesthésiant nos peines quotidiennes.

– L’évolution des progrès techniques qui, faisant évoluer notre environnement si rapidement au cours de ce dernier siècle, insécurise toutes les générations en présence.

Pourtant, au vu de notre évolution, ne pouvons nous pas faire confiance en notre capacité d’adaptation ? On peut le croire, alors n’attendons pas demain pour profiter dès aujourd’hui des jours heureux.

Matt King

 » Ecoutez, je crois qu’il ne faut pas que l’on soit systématiquement à la recherche de responsabilité. Que l’on comprenne bien. Il y a conjonction d’événements (…) ; il y a une tempête de neige qui était prévue, mais on n’a pas prévu le froid, et donc avec des plaques de verglas extrêmement dangereuses. Il ne faut pas croire que nous pouvons vivre dans une société où tout se prévoit, où tout se dessine et où tout se décide d’en haut… »
Le 5 janvier 2003, quinze mille (15,000) automobilistes se sont retrouvés bloqués sur l’autoroute A 10, à la station de péage de Saint Arnoult en Yvelines, à 55 kilomètres de Paris par 5 à 8 centimètres de neige. Et c’est le Premier Ministre de France de l’époque,  Jean-Pierre Raffarin, qui tenait les propos cités plus haut.

«Devant l’évidence de cafouillage, il n’y a pas d’autre mot que celui-là à utiliser, je veux présenter mes excuses aux gens qui ont été insécurisés, aux blessés, aux familles des victimes. Oui, on faisait face à une situation exceptionnelle, mais la réponse n’a pas été proportionnelle.» a déclaré Philippe Couillard, Premier Ministre du Québec suite à la plus grosse tempête de l’hiver 2017 qui s’est abattu sur la Province le mardi 14 mars. 300 voitures sont restées enlisées toute la nuit sur l’autoroute A 13, sur l’île de Montréal, et leurs passagers livrés à eux mêmes. Le lendemain, un sous ministre a été partiellement démis de ses fonctions, de même que l’Officier responsable de la gestion de crise à la Sécurité du Québec.

Un obscur ingénieur des Ponts et Chaussées français a produit un rapport ( http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/034000015.pdf ) dont aucun français n’a jamais entendu parlé, sur le blocage de 2003. Au Québec, une commission d’enquête a été mise sur pied, dont l’enquêteur en chef est déjà contesté, et une demande de recours collectif regroupant près de 150 automobilistes a été déposée devant la Cour Supérieure.

Deux poids deux mesures !

Les motivations des hommes politiques de nos démocraties n’apparaissent pourtant pas si différentes. Elles semblent dominées par le pouvoir et l’argent, et leurs réactions face aux événements le plus souvent conditionnées par les sondages. Mais la puissance de la fonction publique en France est tel que ses politiciens en ont peur, même si, ou sans doute parce que, ils en sont le plus souvent issus.
Matt King

Nous devrions tous nous poser la question du monde que nous allons laisser en héritage à nos enfants. Et cette question semble prendre plus d’importance une fois arrivé en zone Aroundfifties, même si c’est avant leurs conceptions que l’on aurait pourtant dû s’y attarder.

Nous avons tous des souvenirs d’adolescent où nous nous interrogions sur le monde dans lequel nous vivions. Pas tant sur l’état où il se trouvait, l’écologie en était à peine à ses balbutiements, mais sur ses injustices. Ce qui revient d’une certaine façon à la même chose, puisque si les excés de consommations des plus riches nuisent à tous, ce sont d’abord les plus pauvres qui en souffrent, et en souffriront. En esprit rebelle, nous interpellions nos parents sur ce qu’ils avaient fait pour le rendre meilleur et plus équitable. Et nous leurs reprochions leur indifférence à nos révoltes, et leur résignation.

Il semblerait que la question se pose aujourd’hui de manière moins pressante pour nos adolescents, plus occupés à consulter leur mobile que de se préoccuper des iniquités de la planète. Pourtant, il ne faudrait pas baisser les bras et prendre l’initiative de transmettre nos idéaux à une jeunesse qui semble en manquer parfois. Cela même si nous avons eu la faiblesse de ne pas faire évoluer ce monde selon nos aspirations d’alors, ayant dû nous adapter à la réalité et à notre propre potentialité.

Car si le monde est indubitablement meilleur aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été  (http://www.iedm.org/fr/800-johan-norberg), c’est un peu grâce aux ambitions juvéniles de chacun de nous, dont nous n’avons certes réalisées qu’une infime partie mais qui, ensembles, l’ont rendu meilleur.


Matt King